Propositions concrètes pour le secteur culturel

L’Ardèche, terre de culture…

Le monde culturel est touché de plein de fouet par la crise sans précédent que nous traversons : fermeture des salles de spectacle, des cinémas, des librairies et des écoles, annulation des représentations, des festivals … autant de catastrophes dont les conséquences dramatiques sont encore loin de nous apparaître dans leur globalité.

L’inquiétude est immense chez les acteurs de la culture, toutes et tous engagés dans des aventures nombreuses et multiples, qui mènent leur vie quotidienne, parfois précaire, de front et leur mission avec talent et imagination.

Autant de femmes et d’hommes qui enrichissent la société toute entière d’un ferment culturel dont nous pensons qu’il est un élément essentiel de notre émancipation et notre épanouissement.

Le confinement nous rappelle, d’ailleurs, au combien nous avons besoin de culture : de livres, d’images, de chants, de musiques, de films, de séries, de jeux … la preuve : les ressources culturelles en ligne explosent, notamment avec des bibliothèques numériques, des visites virtuelles d’expositions, des spectacles en live.

Les mesures prises à ce jour par le Gouvernement ne vont pas assez loin. Elles demeurent des réponses partielles qui restent insuffisantes face à l’ampleur de la crise actuelle que traverse le monde culturel, à la réalité des situations diverses dans lesquelles se trouvent ses acteurs et les difficultés qu’ils vont devoir surmonter dès demain.

 

Voici les propositions que nous avons soumises, avec mes collègues, au Ministre de la Culture.

 

  1. Concernant le spectacle vivant

Notre pays compte environ 260 000 intermittents dont 150 000 artistes et près de 110 000 emplois techniques. Depuis le début du confinement, c’est toute la profession qui se retrouve dans l’incapacité de travailler et donc de cumuler assez d’heures de travail pour renouveler leur statut. Les annulations des tournages et festivals des mois à venir aggraveront encore leur situation.

Aujourd’hui, la seule mesure prise par le Gouvernement – repousser la date anniversaire – n’est pas à la hauteur de la crise que traverse la profession et sera insuffisante pour permettre aux artistes et techniciens du spectacle de la surmonter dans les mois à venir.

Nous réitérons notre demande d’un fonds exceptionnel de solidarité pour les artistes et techniciens du cinéma, de l’audiovisuel, de la diffusion et du spectacle vivant doté, dans un premier temps, de 300 millions d’euros. En 2004, dans une période déjà explosive pour les intermittents du spectacle, un fonds similaire avait été mis en place pour 12 mois et avait ainsi permis de sauver de la déroute la majorité des artistes.

Par ailleurs, nous demandons que le respect des droits des créateurs soit assuré lors de la diffusion des captations audiovisuelles de spectacle vivant. Si nous nous réjouissons de ces nouveaux développements numériques, ils ont mis entre parenthèse le droit d’auteur : quasiment pas de demandes d’autorisation pour exploiter les œuvres, quasiment aucune rémunération envisagée pour les auteurs. Le fonds que nous proposons permettrait ainsi de ne pas suspendre les droits d’auteur mais d’en prévoir des modalités différentes, exceptionnelles, jusqu’à la fin de l’état d’urgence sanitaire.

Nous demandons également le paiement des contrats annulés par les structures qui en ont les moyens, notamment toutes les structures subventionnées ou le basculement en « activité partielle » pour celles qui ne bénéficient pas de financement public. Les recommandations que vous avez faites à ce sujet ne suffisent pas à garantir que les cachets des artistes soient honorés et la plupart à ce jour vivent sans aucun type de revenus.

Enfin, nous demandons une assurance chômage adaptée aux artistes interprètes du spectacle vivant qui seront parmi les derniers à retrouver des conditions d’exercice normales – la neutralisation des droits ouverts jusqu’à la reprise possible d’une activité « normale » – l’abaissement dérogatoire et exceptionnel du seuil de 507h pour les nouveaux entrants – l’adaptation des règles de réouverture des droits après congé maternité, arrêt maladie ou rupture des droits.

  1. Concernant les artistes-auteurs

L’éligibilité des artistes-auteurs au fonds de solidarité était une des annonces du plan d’action en faveur des artistes-auteurs que le Gouvernement a présenté le 27 mars dernier. Près d’un mois plus tard, 270 000 artistes-auteurs ne peuvent toujours pas accéder au fonds de solidarité car ils ne disposent pas de numéro SIRET indispensable à la procédure.

Nous avons donc demandé à lever cet obstacle administratif pour les artistes-auteurs en les dispensant de fournir un numéro de SIRET pour bénéficier des aides du fonds de solidarité aux entreprises. De la même manière, les salariés déclarés via le Guichet unique du Spectacle Occasionnel doivent pouvoir en bénéficier sans numéro de SIRET.

  1. Concernant les salles de spectacles, théâtres, opéras et festivals

Les salles de spectacles et festivals sont des tremplins pour de nombreux artistes et des sources essentielles de vie culturelle pour nos citoyens. L’annulation des représentations depuis le début du confinement et pour les mois à venir met en péril leur équilibre économique et, en cascade, celui des artistes. Les théâtres et autres salles ne peuvent supporter les nombreux couts (loyers, charges) sans aucune rentrée d’argent. Nous saluons l’engagement de nombreuses collectivités qui ont annoncé maintenir leurs subventions en direction des festivals annulés. 

Nous demandons un fonds de soutien doté de 50 millions d’euros à destination des festivals qui sont annulés en raison de la situation sanitaire.

Nous demandons un aide direct aux gérants des théâtres et autres établissements de spectacles. Le Ministre a annoncé un plan d’aides mais ne s’est pas avancé sur les modalités de sa distribution.

D’autre part, l’incertitude quant à la date de reprise des représentations (le 1er août pourrait être repoussée) est un souci majeur : outre le fait que beaucoup d’organisateurs ne savent pas encore dans quelles conditions ils pourront envisager de nouveau des programmations, ils ne peuvent imaginer et structurer leurs initiatives. Nous demandons de mettre un place une communication transparente et claire sur la durée des interdictions des manifestations et représentations.

  1. Concernant les librairies

De la même manière, nos 3.000 librairies françaises affrontent une réelle crise économique. La faiblesse des trésoreries risque d’entraîner des centaines de librairies, fragiles par essence, à la faillite. Ce qui conduirait, en cascade, à la fragilisation de centaines d’éditeurs et de milliers d’auteurs, sans compter l’assèchement de la vie culturelle et économique des centres-villes et des quartiers.

Les décalages d’échéances de la part des fournisseurs ne font que reporter le problème et, au moment du déconfinement, les libraires vont faire face à un mur d’endettement infranchissable. Le fond mis en place par l’Association pour le développement de la librairie de création ne sera pas suffisant. Il est essentiel de mettre en place un dispositif conséquent et ouvert à toutes les librairies.

Nous avons donc demandé un fonds de soutien à destination des librairies, à hauteur de 300 millions d’euros pour couvrir la perte d’exploitation des librairies durant la période de fermeture, sous forme de subvention.

  1. Concernant les éditeurs de presse

Les entreprises de presse connaissent un effondrement de leurs recettes publicitaires (jusqu’à -75 %). Certaines prévisions anticipent même une baisse de ces recettes à hauteur de -90 % en avril. Les journaux de la presse quotidienne nationale (PQN) et régionale (PQR) ont enregistré une baisse des volumes de 49 % sur les trois premières semaines de mars, puis de 72 % la dernière semaine du mois. Au 27 mars, 3 379 des 20 000 points de vente de presse avaient fermé, pour un manque à gagner de 19,3 % du chiffre d’affaires.

Dans cette période de confinement, où la demande d’information est plus forte que jamais, où le besoin d’une information de qualité est plus importante que jamais, il y a urgence à aider le secteur de la presse, sachant que nombre d’entre elles étaient dans une situation économique fragile avant la crise.

Nous avons donc demandé un fonds de soutien à la presse à hauteur de 50 millions d’euros.

  1. Concernant l’audiovisuel

Les artistes et techniciens intermittents de l’audiovisuel sont également durement touchés par l’arrêt total des productions et les 2000 salles de cinémas, prises à la gorge, annoncent une reprise très difficile. Les plateformes numériques, elles, bénéficient de l’assouplissement de la chronologie des médias et voient leur nombre d’inscriptions grimper.

Nous demandons un grand plan de soutien pour accompagner la télévision et le cinéma à la relance de leur activité, avec une contribution conséquente des plateformes.

Depuis le début du confinement, France 4 a su adapter sa grille en proposant des programmes éducatifs de grande qualité, à savoir plus de 5 heures quotidiennes de programme dédiés à tous les niveaux scolaires dans des grands domaines d’enseignement. Force est de constater que le succès de France 4 rétablit une évidence que le Ministre avait semblé oublier : oui il y a encore de la place pour une chaîne éducative hertzienne dans le paysage audiovisuel français !

Nous réitérons donc notre demande, que nous avions déjà formulée dans le cadre du projet de loi audiovisuel, de maintenir France 4.

 

L’attention du Gouvernement doit également être de mise sur tous ces acteurs de la culture dont on parle peu et pour lesquels nous demandons une vigilance particulière à leur égard : plasticiens et sculpteurs, artistes lyriques, doubleurs et traducteurs, photographes, éditeurs de musique, costumiers… la liste serait longue tant le monde de la culture regroupe des professions et des économies bien différentes, c’est là toute sa complexité et sa richesse.

La crise met ainsi en exergue une organisation du monde culturel devenue obsolète. A la sortie de cet état d’urgence sanitaire, il faudra non seulement accompagner massivement le milieu afin d’encourager la relance de l’activité créative mais aussi repenser notre modèle culturel : le rôle de la culture dans la société, le service public de la culture, la démocratisation culturelle, la diversité …